NITROX de Pierre GOBINET

Résumé éditeur :

Nash Gopler veut quitter le sérail de la gendarmerie pour réaliser son rêve de gosse : devenir moniteur de plongée sous-marine. Sa hiérarchie, qui n’y voit qu’un énorme gâchis, est bien obligée de se plier à sa volonté mais réussit à lui imposer le centre de formation : Nash aurait préféré les Bahamas ou les Maldives, ce sera Cannes, et pas ailleurs. Sur place il fait la connaissance de la ténébreuse Samar, libanaise, en formation elle aussi. Peut-être n’aurait-il pas été envoyé sur la Côte d’Azur tout à fait par hasard… Mais qui est Samar, à qui la mort semble faire comme une seconde peau ? C’est ce que Nash va tenter de découvrir, au risque de tout perdre. Quand Le Grand Bleu rencontre Ian Fleming, ça donne Nitrox, un polar enlevé qui fait dangereusement voyager de la Côte d’Azur aux récifs de la mer Rouge.

Âgé de 42 ans, Pierre Gobinet est passionné de plongée. Saint-cyrien, il passe les dix premières années de sa carrière sous l’uniforme français, dans les Balkans et à Europol. En 2007 il se reconvertit en moniteur de plongée mais renoue rapidement avec les réseaux policiers et militaires. Il travaille ensuite comme chercheur dans un centre universitaire genevois dédié à l’étude des trafics d’armes. En 2015, il rejoint la Sûreté d’un groupe pharmaceutique français. Après New York, il vit maintenant à Paris.

★★★★☆ Lecture agréable, fort plaisante.

Critique :

L’évasion sous-marine est un phénomène récent qui touche de plus en plus d’adeptes. La plongée en bouteille séduit mondialement. C’est indéniable.

Nitrox doit son écriture à la conversion d’un ancien militaire reconverti en moniteur de plongée, comme son personnage principal, Nash Gopler. Militaire déçu et désabusé, ce dernier traverse une crise existentielle sévère, et quitte ainsi le navire pour aller voir sous l’eau si son niveau de bonheur ne pourrait pas augmenter, parce que dans sa précédente carrière il était loin d’être heureux comme un poisson dans l’eau. Si vous aimez les bulles d’eau salée, la nage et la faune sous-marine, ce livre n’attend que vous. Si non, allez-y quand même car vous allez découvrir un univers passionnant.

Dans ce roman rédigé à la première personne, où on nous exhorte finalement à choisir une vie vécue plutôt qu’une vie appréhendée, très vite la quête policière tournera au récit d’espionnage pour notre plus grand plaisir. Une femme mystérieuse prend de plus en plus de place dans l’esprit du personnage principal alors qu’elle ne semble souhaiter qu’une chose, se faire la plus discrète possible. Mais de vieux réflexes professionnels se saisiront de l’ancien gendarme qui n’a peut-être pas atterri là par pur hasard.

J’ai beaucoup apprécié la précision avec laquelle (tous) les portraits psychologiques sont dépeints, dessinés avec brio, c’est une qualité rare en littérature contemporaine, et pourtant précieuse à mon sens.
L’humour aussi et le sens de la critique à tous les étages (touristes, hiérarchie militaire et j’en passe) sont développés avec soin, car celui qui orchestre tout ça, l’auteur, signe avec ce premier roman une galerie de personnages jamais caricaturaux. Il nous promène de Cannes au Caire avec des protagonistes (presque tous)  attachants dont les contours entretiennent un suspense psychologique qui ne s’éclairera que dans les dernières pages. Tout le monde en prend pour son grade. Même l’autodérision est de mise.

« En réalité, la vraie plongée de loisir est une activité de paresseux. Moins on bouge, moins on respire, plus on reste longtemps, et plus on observe. »

Au travers de récits d’odyssées sous-marines, d’explorations parfaitement décrites de Cannes au Moyen-Orient, en passant par d’autres lieux au gré des souvenirs de plongées des plongeurs, cette plume précise et travaillée m’a permise assurément de vivre les plongées comme si j’y étais, parole de (jeune) plongeuse. Les informations sur la plongée sont techniques, instructives, les décors, les paysages parfaitement rendus.

J’ai été emportée dès le début de ce roman, tant la qualité stylistique était au rendez-vous. Hélas, je regrette qu’à la moitié du récit, l’écriture fouillée soit devenue trop dense, parce que l’œuvre narrative s’est révélée pour moi d’une certaine longueur. La partie égyptienne de Nitrox me semble un peu longue, ou plutôt, manquant de rythme, trop répétitive. Le fil du récit souffre d’une absence de tension, d’actions (un peu) « revigorantes » comme dans un page-turner.

Je recommande cependant sa lecture parce que ce jeune auteur trouve un point d’équilibre certain entre l’intelligence du propos et son style travaillé. Il émane des mots de ce jeune moniteur de plongée une étonnante lucidité, ainsi qu’une invitation au voyage touchante.
Et puis, il y a LA grande bleue qui nous tend la main et qui produit à chaque fois une émotion prégnante.

Nitrox n’est-il pas au final tout simplement une célébration de la beauté marine, du sport et de la rencontre ?

Merci aux Editions du Seuil pour ce beau voyage en bouteille, palmes et masque sans se mouiller.

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