Les douze tribus d’Hattie de Ayana MATHIS

Résumé éditeur

Gare de Philadelphie, 1923. La jeune Hattie arrive de Géorgie en compagnie de sa mère et de ses soeurs pour fuir le Sud rural et la ségrégation. Aspirant à une vie nouvelle, forte de l’énergie de ses seize ans, Hattie épouse August. Au fil des années, cinq fils, six filles et une petite-fille naîtront de ce mariage. Douze enfants, douze tribus qui égrèneront leur parcours au fil de l’histoire américaine du XXe siècle. Cette famille se dévoile peu à peu à travers l’existence de ces fils et de ces filles marquées chacun à leur manière par le fort tempérament de leur mère, sa froide combativité et ses secrètes failles. Les Douze Tribus d’Hattie, premier roman éblouissant déjà traduit en seize langues, a bouleversé l’Amérique. Telles les pièces d’un puzzle, ces douze tribus dessinent le portrait en creux d’une mère insaisissable et le parcours d’une nation en devenir.

★★★★☆ Lecture agréable, fort plaisante

Critique

L’histoire débute en 1925 à Philadelphie avec Hattie Shepherd, 17 ans et son époux, August, à peine plus âgé qu’elle. Ils viennent de Géorgie et ont donné à leurs jumeaux, nés le premier été après leur mariage, « un nom tourné vers l’avenir, pas vers le passé ».

Quand le récit démarre, les jumeaux ont sept mois et sont malades. Alors que leur mère les soigne, des flashbacks, bien amenés, nous ramènent en arrière dans la jeunesse d’Hattie en Géorgie, avant son voyage vers le Nord. On découvre ce qui est arrivé à sa famille et ce qui a précipité ce départ vers Philadelphie.
Hattie mettra au monde 11 enfants qui constitueront tous un chapitre de ce très beau roman, ainsi qu’un de ses petits-enfants.

Ce sont là « Les douze tribus d’Hattie » (voir l’Ancien Testament pour Les douze tribus d’Israël issues selon la légende des douze fils de Jacob et qui ont formé une première fédération), qui telles les pièces d’un puzzle peignent subrepticement le portrait d’une mère dure, d’une femme quelque peu mystérieuse au départ.

Chacun de ses onze enfants apportera aussi un témoignage sur la vie des personnes de couleur en Amérique, dans cette deuxième moitié du XXème siècle, ainsi que la position de leur mère, là où elle en est dans sa vie, dans son siècle.
Toutes les souffrances du peuple noir aux USA, l’évolution de leurs conditions au fil des années donnent un premier niveau de lecture. A un second niveau, nous découvrons un livre profondément sensible quand il traite des peines des hommes et des femmes, de l’adultère, de la découverte de soi, la place de la foi, la folie, l’infertilité… et bien plus encore.

L’histoire de cette famille est calée à l’histoire du pays : sud raciste et ségrégationniste, tentes de prédicateurs, essor de la middle-class noire citadine, bars enfumés jazzy et salles de jeux plus ou moins clandestines, guerre du Vietnam, etc…
Le tout est, vous l’avez compris, riche et très bien amené. Il faut lire entre les lignes, entre les vies qui nous sont là décrites et c’est délicieux, même si c’est un peu sombre.

Le récit est puissant, captivant, empreint de la tendresse de son auteur ainsi que de quelques personnages, sur la fin du livre. Il faut beaucoup souffrir pour s’éveiller un jour. Chacun des chapitres conserve en trame de fond la figure de Hattie dont tous les enfants, qu’ils s’en éloignent ou s’en approchent, restent marqués par leur mère au plus profond de leur âme, de leur chair.

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