Le bourreau de Gaudi de Aro Sainz de la Maza

Résumé éditeur

Un corps en flammes est retrouvé pendu au balcon d’un des monuments les plus emblématiques de Barcelone, La Pedrera, d’Antonio Gaudi. Bien mauvaise publicité pour la ville à quelques semaines de la consécration par le pape de la Sagrada Familia. Les services policiers sont aux abois et réintègrent l’électron libre Milo Malart, révoqué par mesure disciplinaire. Tandis qu’il enquête en binôme avec une jeune sous-inspectrice, qui semble tout droit sortie d’une série américaine à succès, les meurtres s’enchaînent selon un rituel immuable : toujours des membres de l’oligarchie barcelonaise, férocement mutilés au sein des édifices du célèbre architecte qui frit la gloire de la ville. Barcelone a vendu son âme au diable ; elle doit payer le prix de sa magnificence.

★★★★☆ Lecture agréable, fort plaisante

Critique

Né à Barcelone en 1959, Aro Sainz de la Maza écrivain, éditeur, correcteur et traducteur a gagné le prix international RBA du roman noir avec ce premier ouvrage policier.

Cette histoire s’ouvre sur un prologue énigmatique (dont on peut se douter qu’il sera important) : dans un cimetière barcelonais, en 1990, celui qui s’exprime vient de quitter un centre d’accueil et dit chercher un sens à sa vie, avant de décider de « suivre l’exemple du génie, de créer une œuvre pour l’honorer, obtenir sa rédemption, pour vaincre sa faiblesse ». Là s’arrêtent les informations données. Puis aussitôt l’on est pris dans une intrigue qui va aller crescendo.

Ce polar de 700 pages situe son énigme de départ avec un homme retrouvé suspendu sur un monument de Gaudi à la façade de la Casa Milà La Pedrera ; il a été torturé (de soif). Cette première victime, c’est Edouard PINTO un haut responsable de la Caïxa, ex-conseiller municipal à la Culture, futur maire de la ville. Il n’y a pas de mobile avéré.

Milo Malart, notre guide, ex- policier au fond du gouffre, déprimé, exècre « l’oasis catalan », cette « société civile », ces 400 familles qui occupent tous les postes clefs (à la tête des conseils d’administration des principales institutions de Barcelone, l’élite catalane avec liens de parenté, couple, amitié) pour lesquels la loi ne s’applique pas ; « ils jouent dans une autre cour ».

Ce qui est merveilleux dans ce polar, c’est la ville de Barcelone qu’on visite avec la petite histoire et la grande faisant un lien permanent avec son architecte-star Gaudi (1852, 1926).
Le texte se nourrit des descriptions topographiques, sociales, historiques, artistiques, architecturales de cette ville que Milo considère comme « une gigantesque attraction pour visiteurs. »
Par le biais d’un bibliothécaire spécialisé, le récit nous ouvre les portes des sociétés franc-maçonniques et de la compréhension des symboles utilisés par Gaudi transformant cette enquête en un vrai défi intellectuel. On y découvrira l’existence de milliers de sinistrés expropriés (jeux olympiques, rénover des quartiers, autoroutes, places touristiques) ; « c’est le prix à payer pour le progrès ».
Le visage de la ville ne cessant pas d’être modelé, « on dirait le visage d’une actrice d’Hollywood ».

Un assassin méticuleux, qui veut « salir l’image de la ville », ne dévoile son identité à sa victime que quelques minutes avant de l’exécuter
A peine ouverte, l’enquête s’enlise et va vite semer une vraie panique dans les services de police mais aussi parmi les notables, les grands et les riches, ces quatre cents familles qui entendent régner sur Barcelone et qui en ont fait ce qu’elle est aujourd’hui : une ville entièrement dévolue au tourisme et à sa propre image, où les victimes de sa folie des grandeurs ne se comptent plus depuis les Jeux de 92. Tout cela à quelques jours de la visite du Pape qui doit consacrer la grande œuvre de Gaudi, la Sagrada Familia, et que l’on attend un exceptionnel afflux de touristes. Pour compléter le tout, une chaîne de télévision avide de sensationnel en rajoute, mettant la pression à tous et faisant une publicité énorme à l’assassin qui sait déjà très bien faire sa propre promotion via internet.
Tout s’accélère quand un deuxième enlèvement a lieu avec la disparition d’une personnalité de la haute bourgeoisie de Barcelone, membre du CA de nombreuses associations, président du cercle Gaudi, alors qu’on est à trois semaines de la visite du pape à la Sagrada Familia.

Bon roman noir où l’auteur prend son temps pour décrire les lieux, les faits, les hypothèses des enquêteurs, les émotions des personnages…
L’attention du lecteur est maintenue constamment par la justesse des dialogues, les nombreuses péripéties de l’enquête, l’écriture fluide et la construction solide du roman.
Seul reproche : un style un peu simple, mais finalement, cela permet la lecture de ce pavé, rapidement.
J’ai été happée par ce livre au bout d’une trentaine de pages.

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