La papeterie Tsubaki de Ito OGAWA

Résumé éditeur

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Le moment est venu pour elle de faire ses premiers pas comme écrivain public, car cette grand-mère, une femme exigeante et sévère, lui a enseigné l’art difficile d’écrire pour les autres.
Le choix des mots, mais aussi la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre. Hatoko répond aux souhaits même les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : elle calligraphie des cartes de vœux, rédige un mot de condoléances pour le décès d’un singe, des lettres d’adieu aussi bien que d’amour. A toutes les exigences elle se plie avec bonheur, pour résoudre un conflit, apaiser un chagrin.
Et c’est ainsi que, grâce à son talent, la papeterie Tsubaki devient bientôt un lieu de partage avec les autres et le théâtre de réconciliations inattendues.

 

★★★★★ Que du bonheur !

 

Critique

Dans la station balnéaire de Kamakura située au sud de Tokyo, une jeune fille reprend la papeterie de sa grand- mère décédée tout en s’initiant au métier d’écrivain public. Tel est le sujet du dernier roman d’Ogawa Ito.

Précédemment enthousiasmée par le restaurant de l’amour retrouvé, j’ai plongé avidement dans ce nouveau roman qui s’articule autour de l’écriture et du partage. Comme il fallait s’y attendre, avec l’écriture d’Ogawa Ito, tous les sens sont ici en éveil, qu’ils s’agissent des divers matériaux de papeterie choisis, des plaisirs culinaires ou de la nature partout présente et vénérée.

Roman du respect du vivant mais aussi des plaisirs des petits rien, les saisons articulent le texte et donnent le matériau nécessaire à une ode à la vie toute imprégnée d’art de vivre à la japonaise.
A chaque coin de page, la pleine conscience est là pour rendre merveilleux tous les actes réalisés par l’héroïne et ses congénères, même quand il s’agit de briquer son parquet, au lever.

Sanctuaires visités à gogo, thé vert au yuzu… mets raffinés même s’ils sont consommés au quotidien (tous les noms sont donnés en japonais mais pas toujours explicités ), l’ensemble se révèle symbolique à souhait, chargé de significations forcément anciennes et souvent spirituelles.
Au Japon, on marche, on se recueille, puis on déguste.
Pour y avoir effectué un long voyage, notamment à Kamakura, ce que j’ai lu là a le gout de ce que j’y avais observé.

Cieux, souffles du vent, états de floraison et luminosité. … l’univers contribue à la joie de vivre de notre écrivaine publique. S’inscrivant dans la lignée familiale des femmes calligraphes, Amemiya cherche à trouver une place dans un monde où les rapports inter humains et les convenances sont en métamorphose complète. « Liberté » est pourtant le maître mot de cette histoire ; les lectrices aspirant probablement, par leur lecture, à cette même quête. Et si se couler dans les mots d’autrui, dans ce que l’écrivaine – papetière rédigera pour nous, n’était au final qu’une marque de respect, une forme d’humanitude qui passerait cependant, pour elle, par la découverte de sa propre expressivité graphique ?

Alors, après que les clients soient allés quérir ses services, elle se demande…
Quelle tonalité donner à mon message ?
Comment trouver le mot qui épousera parfaitement l’espace béant de mon coeur dans cette épreuve, ou dans cette joie ?
Et c’est bien à elle de trouver, en plus du texte, le matériau, la meilleure calligraphie, l’outil scripteur correspondant, l’enveloppe, le timbre… ( les lettres en langue originale sont reproduites dans le livre au fur et à mesure ).

Depuis, chaque fois que j’écris, que je laisse une trace écrite quelque part … j’ai en écho les commentaires de cet inoubliable personnage de roman et ne peux m’empêcher de m’interroger sur les détails de mes tracés et de mon intention.

Cette histoire nous montre donc de quelles manières l’écrit, quand il sait être bien pensé et subtilement tracé, parce qu’il est à la hauteur de l’attente du destinataire, se révèle réparateur. Quelle leçon !

La calligraphie est un art du zen, et en lui donnant la place qui lui revient, l’auteure nous montre que la correspondance qui pourrait sembler désuète, garde un rôle capital dans nos vies.

Quand une écrivaine publique nous met sur le chemin des mots et qu’ils ont le pouvoir de réparer les âmes et arranger les conventions sociales, apaiser les relations tendues, cela donne La papeterie Tsubaki.

Comme dans le restaurant de l’amour retrouvé, une querelle inter-générationnelle avec son lot de rancoeurs mais surtout de regrets sous-tend l’ensemble.
Est-ce la marque de fabrique de cette auteure japonaise ? Les lectures de le ruban, et le jardin Arc-en-ciel me le révéleront.

Pour le deuxième livre que je lis d’elle, notre personnage principal est encore une jeune femme cherchant un sens à sa vie. Gageons que ce qu’elle nous dit de sa nouvelle existence inspire les gens de tous âges, et de tous horizons.
Simplicité et amour du geste en étant si bien racontés devraient y contribuer. C’est ce que le Japon a de mieux à nous enseigner, à nous les occidentaux. J’en suis convaincue depuis longtemps.

Une fois que j’ai eu accepté le rythme contemplatif de cette histoire, j’ai compris que j’avais avec ce livre l’occasion de plonger dans un Japon mis à l’honneur grâce aux traditionnels pouvoirs magiques du papier de la culture nippone.

Même s’il faut pouvoir en apprécier l’âme pour rentrer, rester et prendre du plaisir à cette ambiance de lecture très zen, je ne peux que le recommander, d’autant plus quand on aspire à la quiétude et aux voyages.

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