Les mots bleus de Dominique MAINARD

Résumé éditeur

Anna a six ans. Elle n’a jamais parlé. Une crainte étrange court tel un fil dans sa famille depuis trois générations, la crainte que les mots ne soient « des traîtres, des voleurs », une menace insidieuse capable de vous ôter la vie et l’amour des êtres qui vous sont chers.
Nadèjda, sa mère – la narratrice –, a refusé d’apprendre à lire et à écrire. À l’âge d’Anna, elle a assisté impuissante à la mort de sa grand-mère, provoquée, s’est-elle imaginée, par l’un des mots du conte que la vieille femme lui lisait alors…

Lorsque, en désespoir de cause, elle inscrit Anna dans une école pour malentendants, elles croisent le chemin de Merlin, un enseignant qui emploiera toutes ses forces à « donner la parole » à l’enfant.
Entre la frayeur que Nadèjda éprouve et l’amour qui naît bientôt entre elle et Merlin, des bulles de savon, un sifflet, des masques, seront autant de pierres formant un gué périlleux qui permettra à Anna d’atteindre l’autre rive.

★★★★★ Que du bonheur !

Critique

Dans les dessins d’Anne, les fleurs ont deux yeux et un nez, mais aucune bouche, car cette enfant est mutique depuis sa naissance. Cet enfant – fleur a crié, pleuré, puis s’est tue à l’époque où elle aurait dû prononcer ses premiers mots.
Depuis, sa bouche est close comme si on l’avait cousue de fil invisible.
C’est que sa mère, Nadèjda, qui nous conte son histoire, se demande s’il y a un endroit précis dans nos vies où quelque chose se brise, alors que nous continuons à vivre comme si de rien n’était, faisant tourner inlassablement le fil des jours passés dans le vide comme la roue d’un vélo dont la chaîne aurait sauté ?
Les mots bleus est un roman sur la peur et la solitude et j’ai été très touchée par la détresse des personnages principaux qui pourtant ne se plaignent jamais.

Grâce à son écriture intimiste et douce, ce livre laisse un sentiment trouble et pesant, d’une profondeur inattendue, d’une grande humanité, car c’est bien sur le versant intime qu’il fait mouche dans l’évocation de cette enfant – médicament (pour sa mère) dont le mal – être se traduit par une incapacité à dire.
La peur rôde et a réduit les affects de cette mère au minimum, écrasant de toute sa force sa fille sur son crâne comme la paume d’une main pour l’empêcher de grandir.

Ce beau texte nous dit qu’aimer peut détruire ceux que l’on aime le plus au monde, et que se tenir à l’écart du monde pour ne prendre aucun risque n’est pas la solution à la douleur de vivre.
J’ai ainsi eu beaucoup de plaisir à lire ce roman qui parle des ressorts de l’âme, le tout écrit par une romancière de la sensibilité.

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