les lettres d’esther de cécile pivot

Résumé éditeur :

À la mort de son père, Esther, libraire du nord de la France, décide d’ouvrir un atelier d’écriture épistolaire, en souvenir de la correspondance qu’ils entretenaient tous les deux. Cinq personnes répondent à son annonce : Jeanne, 70 ans, dont la colère contre les dérives de la société actuelle reste toujours aussi vive ; Juliette et Nicolas, un couple démuni et désuni ; Jean, un business man cynique ; Samuel, un adolescent rongé par la culpabilité. ​

Tous aspirent à bien autre chose qu’à apprendre à écrire, et au fil des lettres, des solitudes sont rompues, des liens se renouent, des cœurs s’ouvrent, des reprochent s’estompent, des mots/maux trop longtemps tus sont enfin écrits, des peurs et des chagrins sont exorcisés. ​

★★★★☆  Lecture agréable, fort plaisante.

Avis :

Dans son dernier roman, Les lettres d’Esther, Cécile, la fille de Bernard PIVOT veut nous montrer à quel point l’écriture peut reconstruire l’être humain quand il sait s’en saisir.

Esther, l’héroïne-libraire du Nord de la France, et maintenant orpheline, a entretenu pendant des années une correspondance sous forme de lettres avec son père, et ce malgré leur proximité géographique et leurs rencontres régulières. Alors, lui vient l’envie de lancer un atelier d’écriture épistolaire de par la France.

C’est ainsi que pendant quelques mois, des échanges croisés de lettres vont mettre à jour un espace de communication étonnant entre cinq personnages qui n’ont, à priori, rien en commun et qui n’auraient jamais dû créer de liens entre eux.

Je ne dévoilerai pas les profils et personnalités retenues pour cette histoire, car les découvrir au fil du récit fait partie indéniablement du plaisir de lire « Les lettres d’Esther ». Et celles et ceux qui me suivent savent que j’aime dévoiler un minimum d’informations textuelles sur les livres dont je parle après lecture.

De nos jours, les occasions d’écrire vraiment à quelqu’un sont devenues rarissimes. Entretenir une correspondance écrite (avec du vrai papier, enveloppe, timbre !) n’est plus d’actualité, c’est « has been » diraient certains. Et pas que des jeunes…

– « Il faut être un peu tordue pour organiser un truc pareil, non ? » a-t-on d’ailleurs dit à Esther.

Mais les cinq « élèves » d’Esther, lourdement bousculés par les vicissitudes de leurs vies, secoués par des vents violents depuis plus ou moins longtemps, vont accepter de poser leurs sacs pleins de (gros) cailloux et de répondre aux propositions d’écriture de la libraire. Sachant qu’en plus d’offrir la possibilité de se confier, l’anonymat protègera celui qui se donne à lire.

C’est ainsi que l’écriture leur permettra de se révéler aux autres, puis à soi, de ne plus être enfermé(e) dans leur détresse et enfin de s’ouvrir à un nouveau projet de vie, ou à un changement positif d’attitude.

Ce qu’on aime par-dessus tout dans ce type de récit c’est que chacun, chacune se dévoile petit à petit ; les lettres permettent la révélation au lecteur/trice des petits mystères sur ces vies personnelles désastreuses, de ces drames familiaux bloquant les processus de vie. Jusqu’à ce qu’une mystérieuse alchimie d’écoute et de compréhension, que seule l’écriture peut rendre efficiente, opère, parce que la création est plus puissante que le ressentiment, plus forte que la peine.

Mais aussi parce que nous usons à l’écrit d’autres expressions qu’à l’oral, que nos maux, nos ressentis, nos expressions sont alors soupesées, pesés, léchés, analysés, mis à distance, bref vus sous un autre jour.

« Le temps prend son temps », la lettre voyage jusqu’à l’autre, l’esprit murit, les questions poursuivent le travail d’écriture et l’envoi :

– « Quand arrivera-t-elle ? »,

– « Ai-je réussi à poser mes sentiments avec justesse ? »,

– « Mes mots étaient-ils bien choisis ? »,

– « Comment réagira-t-il/elle ? »,

Comme Esther l’exprime dans le récit, celle-ci aurait tout aussi bien pu baptiser son atelier : « éloge de la patience et de la lenteur », car là réside un autre des effets positifs de l’écriture partagée, une nouvelle temporalité.

Comme dans la philosophie-slow, l’équilibre se rétablit enfin dans la course effrénée contre le temps, dans la fuite de ce tempo du malheur. Quelle découverte que de se poser devant une feuille et écrire à quelqu’un qui vous lira ; sous le regard passionné et distancé d’une spécialiste des mots !

Loin des mots jetés sans soin dans une conversation, un SMS, un email, ses idées posées délicatement sur le papier nous rappellent que « Les mots sont des fenêtres ou des murs ».

Alors, si l’écriture épistolaire n’est pas une thérapie, elle se révèlera quand même fortement thérapeutique.

Dans ce joli roman, les échanges sont si bienveillants, les propositions d’écriture d’Esther si pleines d’intelligence et de possibilités que le champ des possibles devient immense et qu’on a envie, nous aussi, de se saisir des propositions d’écriture.

Ainsi, cette histoire très agréable à lire en mettant en lumière le processus de réparation explique qu’il est salutaire de vivre malgré les obstacles parsemant nos chemins d’existence.

Poser des mots simples sur les maux, deuil, dépression, remise en question, solitude… autant de thèmes universels que Cécile Pivot sait toucher de sa délicate plume pour nous parler d’un monde où la combativité, la dignité et l’amour des autres balayeraient tout sur leur passage.

 

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