L’appel du cacatoès noir de John DANALIS

Résumé éditeur :

L’incroyable épopée d’un Australien pour restituer un crâne aborigène à la tribu : un chemin de connaissances, d’ouverture et de rédemption.

John Danalis a grandi avec un crâne aborigène dans son salon. C’est seulement à 40 ans qu’il comprend l’horreur de la situation. Emporté par l’élan de sa prise de conscience, John décide de tout mettre en œuvre pour restituer Mary – puisque c’est ainsi que le crâne a été affectueusement renommé – à son peuple. Pour cela, il va devoir déconstruire ses préjugés d’homme blanc sur la culture aborigène et se plonger dans l’histoire ancienne de l’Australie. Commence alors une quête qui va entrainer des rencontres extraordinaires et une profonde révolution dans la manière dont John et sa famille envisagent la vie et leur rapport aux autres

★★★★☆ Lecture agréable, fort plaisante.

Avis :

John Danalis, l’auteur australien de « L’appel du cacatoès noir » a décidé de raconter sa propre histoire.
Dans un désir de surenchère vantarde, lors d’un cours de littérature indigène, il avait lancé au prof, et surtout à l’ensemble de la classe : « Eh bien moi… j’ai grandi avec un crâne aborigène sur les étagères du salon. »

A partir de ce moment, il commence alors à rédiger un journal intime, en nous offrant les périples d’un processus à la fois personnel et universel de réconciliation interculturel, qui s’est révélé suffisamment détaillé pour me captiver, assez intimiste pour me toucher, et très agréable à lire grâce à son style doux amer collant parfaitement à la situation.

Où l’on découvre que nombre de restes humains aborigènes ont été expédiés aux quatre coins du globe, et que grâce à de belles rencontres, la restitution d’un crâne du siècle dernier, avec son rapatriement, et la cérémonie de ré-enterrement transforme un homme.
Faisant tantôt montre de douceur et de bienveillance, tantôt d’autodérision, John Danalis raconte sa métamorphose, et sa dépression post – Mary. Ce « représentant d’une famille qui avait profané les morts », « conditionné par une éducation blanche, découvre et commence à comprendre la raison des poings levés que brandissent dans les manifestations et les marches de protestation les aborigènes ».
Les morts ont donc aussi des droits.

– « Tu vas revenir là-bas. » a-t-il promis à Mary-le crâne.
A mesure que l’aventure avance, celui-ci réalise l’existence du profond respect qu’ont les aborigènes pour leurs morts « et, par-dessus tout, de l’importance (pour eux) de revenir chez soi, au pays ». Mais défier les normes sociales régissant les relations interraciales australiennes se révèle encore aujourd’hui un sacré défi humain.

Alors, « Mère Terre fredonne ses douces cantates aux oreilles initiées », des « gens d’une authenticité réelle » et d’une « tranquille générosité d’esprit » font tomber pour quelques heures la fracture raciale de sorte que le périple inattendu de John D. se trouve transcendé par tant de lumières et d’amour. Et nous avec.

Attention, « l’appel du cacatoès noir » raconte donc « comment le racisme produit insidieusement de la haine, comment une culture a été réprimée depuis 200 ans », et dans les signes de cette humanité inattendue, une « relation originale » se nouera subrepticement entre une famille blanche australienne et les restes d’un Wamba Wamba depuis longtemps décédé (de la syphilis !).
Dans le crépitement des feuilles et le parfum d’eucalyptus, dans la danse des flammes, le temps se dissout pour un instant, JD bascule alors dans un univers parallèle où c’est lui l’étranger.

Ce beau récit nous dirige invariablement vers l’histoire de la « guerre de conquête non déclarée » que fut à partir de 1770, l’expansion des colons britanniques en Australie, et le calvaire des premiers habitants de l’Australie qui durera plusieurs siècles. Les fondations de ce pays prospère sont imbibées du sang de ses propriétaires originels, et un crâne oublié derrière la télé réveille et « instruit » une famille.
Quand James Cook a débarqué à Botany Bay, en Australie, en 1770, il a appliqué ses propres critères pour déterminer que cette terre n’appartenait à personne (« Terra nullius »). Dans son journal, l’explorateur britannique a décrit les Aborigènes – qui sont entre 300 000 et 1 million sur cet immense territoire (quatorze fois la France !) – comme une « nation errante, sans agriculture ni industrie » dont l’idéologie de Charles Darwin et les volontés expansionnistes de l’Empire britannique ne feront qu’une bouchée.

Mais, pour John, « La couche de vernis européen s’écaille » pour qu’il puisse « pour la première fois sentir le cœur battant et sans âge de la Terre vibrer ».
Peut-on sans scrupules profiter des privilèges liés à l’histoire sans accepter d’endosser aussi une partie des responsabilités liées à la colonisation et l’occupation ?
Est-il possible de dédommager les peuples humiliés et spoliés ?

Merci à Babelio et aux Éditions Marchialy, qui dans le cadre d’une opération Masse critique privilégiée, m’ont permis de lire un beau message d’humanité en me tournant vers l’Australie ancestrale.

Ce fut un moment fort de lecture comme je les aime !

 

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