Le sourire étrusque de José Luis SAMPEDRO

Résumé éditeur

Un vieux paysan calabrais arrive chez son fils à Milan pour y subir des examens et… découvrir son dernier amour, son petit-fils Bruno.
Dans ce roman plein de tendresse, d’humour et d’émotion, l’approche de la mort et la vieillesse offrent encore de formidables moments de bonheur et d’apprentissage.

« Le Sourire étrusque touche comme ces choses qui frôlent la tête pour mieux atteindre plus sûrement le cœur. »
Le Monde

★★★★★ Que du bonheur !

Critique

L’année littéraire 2016 débute très bien pour moi, puisque le premier livre choisi dans la partie « livres en attente » de ma bibliothèque m’a tout simplement ravie.

Il s’agit du roman espagnol le sourire étrusque, publié en 1985 (merci les bouquinistes !) de José Luis Sampedro (né à Barcelone le 1er février 1917 et mort à Madrid le 8 avril 2013). Cet économiste devenu écrivain « par nécessité de vivre intensément » a obtenu en 2011 le Prix national des Lettres espagnoles, a publié divers romans en parallèle à son activité professionnelle, puis, à la retraite, s’est consacré pleinement à l’écriture et obtint un très grand succès avec ce roman le sourire étrusque. En 1990, il a été nommé membre de l’Académie royale espagnole, et à propos de son oeuvre, il a dit : « Ma littérature est liée à l’économie. Faire de l’économie et de la littérature suppose qu’en se plaçant de deux points de vue différents on contemple un même objet, la vie humaine. ».
L’intrigue du livre est simple au départ : Salvatore, un vieux berger calabrais, quitte à contrecoeur son village pour se rendre à Milan dans l’appartement d’un de ses fils et sa belle-fille afin de consulter les médecins sur la maladie qui l’habite et le ronge.

A l’origine, son combat contre le cancer (qu’il nomme La rusca) a pour objectif de gagner une seconde guerre contre un vieil ennemi, le fasciste du village, auquel il veut absolument survivre. Pourtant, cette motivation va rapidement s’estomper au profit d’une autre bien plus noble, l’urgence de voir grandir son petit-fils en lui divulguant moult conseils du terroir mais surtout de partisan.

Ce très jeune enfant, grâce à qui il recevra un regain de vie l’amènera à utiliser toute son énergie d’homme d’honneur au caractère très fort (La Calabre !) pour devenir son premier compagnon « à travers ce temps qui les réunit », afin de lui faire passer des messages d’homme à homme, et d’effectuer auprès de lui sa secrète « mission nocturne ».
Nostalgique de ses montagnes calabraises et des saveurs de son terroir, terriblement méfiant à l’égard de la ville et de ses moeurs, le vieil homme vit cette expérience, comme un nouveau maquis qui requiert toute sa vigilance et sa ruse. Ses souvenirs de guerre, sans cesse, remontent à sa mémoire, pour se mêler à son quotidien citadin, pour nourrir son analyse de la situation, quitte à le déformer, pour notre plus grand plaisir.
Puis, l’évolution de Salvatore, (et de ceux qui l’entourent) fera subrepticement germer des graines d’humanité enfouies dans la ville insipide et bétonnée, mais aussi dans la vie rigide et triste de sa famille et de sa nouvelle amie.
Son bagout et son assurance le font devenir objet d’étude au séminaire d’ethnologie de l’université. Avec un étonnement moqueur et amusé, il se voit considéré comme un mythe vivant, une survivance du passé, un vestige de l’histoire encore si chaude et vibrante en lui. Malin et obstiné, les sornettes qu’il leur raconte ravissent tout le monde, lui compris.

Par la dé-contextualisation donnée aux évènements ressentis par le vieux, par ses jugements, parfois à l’emporte-pièce (la belle-fille, qu’est-ce qu’elle prend avec ses « tables de la loi pédiatrique » ! ), par sa manie de tout ramener à ses expériences propres (manie qu’on observe souvent chez les personnes âgées, et pas toujours si âgées que ça !), ce roman jongle entre humour et sérieux tout en nous re-plongeant dans la 2 ème guerre mondiale, la politique, l’économie…
La jolie transformation s’opère peu à peu : « Hortensia et toi, petit, vous m’ouvrez les yeux ; vous m’apprenez des choses sans me les dire, en me les faisant voir par moi-même… ».

Haut en couleurs, phallocrate, narcissique, péniblement attachant et exigeant, ce vieux partisan exhorte son entourage à ne pas « confondre les images avec la réalité » et la manière qu’a l’auteur de nous faire part des pensées de Salvatore, au-delà de ses agissements, nous rend, en quelque sorte, complice intime de ses pérégrinations, de ses ruses, de ses ruminations.

Aucun pathos, aucune mièvrerie autour de la maladie, des souvenirs, du deuil. Salvatore se transforme et nous envoie quelques messages sur la différence, le lien qui unit, la famille, l’enfance, l’amour…. La vie, quoi !
Vigueur et esprit tendent à s’accorder avec cette ultime recherche de la sérénité dont il a goûté un peu la subtile essence sur un sourire statué au musée national romain de la Villa Giulia : le fameux sourire étrusque.

Bouleversant de justesse et de talent, empreint d’une grande humanité, Le Sourire étrusque visite les réalités d’une Italie à plusieurs vitesses. Une histoire d’amour, de résistance et de mort qui se joue du temps.

 

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