Résumé éditeur :
Le faisceau du projecteur, au fond, diffusait une lumière jaune et chaude qui formait comme une flaque sur la scène. Anne-Clarisse le fixa un instant, un rayon de soleil se refléta alors dans ce morceau d’enfance égarée et l’éblouit. Elle ferma les yeux et se délecta de sa chaleur sur ses paupières, puis, durant de longues minutes, contempla la tache ronde et blonde de ce soleil artificiel qui continua de se poser en surimpression sur le monde, sans qu’elle ne ressente le besoin de détourner le regard. »
Douze nouvelles sur l’enfance qui surgit au détour d’un souvenir, demande des comptes, puis repart en laissant des vies chamboulées comme des chambres mal rangées.
★★★★★ Que du bonheur !
Avis :
Voici le quatrième livre que je lis d’Axel Sénéquier, et décidément, cet auteur a un talent rare : celui d’écrire sans un mot de trop, sans un mot de moins. Une langue fluide, tenue, ciselée, qui semble simple mais ne l’est jamais. C’est l’une de ses grandes forces : cette capacité à faire entendre une voix, une respiration, une parole presque orale, mais transposée à l’écrit avec une précision de funambule.
Parole de prof : ça assure avec Axel !
Ce recueil de nouvelles confirme ce que j’aime chez lui : des personnages psychologiquement incarnés, qu’on a l’impression de toucher du doigt.
Il sait exactement quand entrer dans une histoire… et quand en sortir. Chaque nouvelle s’arrête au bon moment, juste avant la saturation, juste après l’émotion. On voudrait parfois rester encore un peu, poursuivre le récit dans
lequel on était entré, mais il coupe net — et c’est souvent là que réside la réussite d’une nouvelle.
Parmi mes préférées :
– Wendy, rongée de remords pour sa sœur, dont le courage discret m’a touchée ;
– le fils et le père, dans un règlement de comptes aussi sobre que puissant ;
– Gabriel et la serveuse, dont les dialogues sont un petit bijou de naturel ;
la jeune femme enceinte, qui raconte à la première personne le poids des
non-dits familiaux.
– Et tous les autres aussi !!!
J’ai aimé cette variété de voix, de rythmes, de points de vue. Sénéquier a aussi la capacité caméléon à se glisser dans la peau de n’importe qui : un prince de Guilvinec, une chercheuse paléontologue, des copines de stand-up, un transfuge de classe… Il ne singe jamais ses personnages : il les comprend, il les respecte. Et cette compréhension n’est pas feinte. Elle est nourrie d’un amour immodéré de l’autre, d’une attention à ce que chacun porte en lui, à ce qui nous construit, ici, comme le titre l’indique, à ce que l’enfance laisse comme traces discrètes mais indélébiles.
Ce recueil est, au fond, un hymne à l’acceptation, au respect de nos valeurs premières, à la mémoire de ce qui nous a façonnés.
Voici des nouvelles à lire,
à relire,
à picorer,
à reprendre.
Et pour ma part, un auteur que je continuerai à suivre, parce qu’il sait écrire l’humain sans bruit, sans gros sabots, avec une lumière douce, presque solaire, qui traverse ses textes et qu’on n’oublie pas.