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Trois petits tours de Hélène MACHELON

Résumé éditeur

« Saviez-vous que les petites filles naissent pour faire tourner leur jupon de princesse jusqu’à s’étourdir, pour massacrer les bâtons de rouge à lèvres en se tordant les chevilles sur les escarpins de leur mère, pour sauter sur les lits et s’admirer dans le grand miroir de l’entrée en récitant des poèmes ? La mienne aussi. Enfin, c’est ce que je croyais ». Au cours des heures suivant l’arrêt des soins qui maintiennent Rose en vie, ses parents croisent les héros de l’ombre qui les entourent. Leurs vies se racontent dans des portraits (la mère, la pédiatre ou le clown) qui embarquent le lecteur dans un monde d’émotions que généralement on tait. Il se glisse dans les conversations et partage les pensées de chacun pour mieux comprendre l’intensité inouïe du moment. Une histoire d’amour avec un regard original sur l’inacceptable : la perte d’un enfant. Un livre percutant et juste au style délicat, porteur d’espoir et de lumière.

★★★★★ Que du bonheur !

Critique

Au fur et à mesure de ma lecture, et plus encore depuis que je viens de le terminer, je réalise que la rencontre entre ce livre et moi était des plus improbables.
D’abord, quand son auteure, Hélène Machelon, m’a contactée pour me proposer son texte, rien ne me paraissait de l’ordre du possible : difficultés techniques pour le recevoir, pas de disponibilité sur mon calendrier bien trop rempli et, cerise (amère) sur le gâteau, après quelques renseignements pris, le thème de Trois petits tours m’apparut extrêmement éloigné de mes goûts en général, et plus particulièrement de mes aspirations du moment.
Pourtant quelque chose me dictait d’y aller, coûte que coûte. Comme une alchimie magique et ensorcelante entre un texte et une lectrice. Alors, j’ai foncé, et je crois avoir compris pourquoi.

« Rien n’est plus abject que la mort d’un enfant  » raconte cette autofiction, qui est aussi un puzzle polyphonique montrant tour à tour les ressentis et les points de vue des différents protagonistes ayant croisé Rose petite fille (bébé ?) anciennement leucémique traitée à l’hôpital Necker et venant de décéder. Ceux-ci ne sont jamais caricaturaux, mais entre interrogation et chagrin, ils se questionnent et interrogent le monde, leur monde.
Seuls les parents y sont de chair, d’os et surtout de cœur. Les autres personnages croisés au cours de ce terrible événement de vie ont, j’imagine, été dessinés à coup de rencontres, de souvenirs et d’interprétations par une maman qui a écrit.

« Avoir des enfants c’est risqué de les perdre « …
Aucun passage facile, aucun pathos, aucune plainte… la narratrice s’avère droite et digne dans ses aller et retour avec le passé et ses souffrances. Son écriture est douce et raffinée à la fois. Elle nous caresse comme elle a caressé sa fille pendant les mois vécus ensemble.
La forme fictionnelle choisie donne un roman parfaitement abouti, parce qu’il est construit à la fois comme un journal de l’intimité, un témoignage de ce qui se passe aussi parfois pour les jolis enfants tant aimés qui disparaissent, et comme un hommage à une jolie Rose qui a fané à peine sortie de terre malgré l’Amour, tous les soins prodigués et les prières dites.

« Je meurs de toi  » lui susurre cette « mère en miettes « , à mi-chemin entre spectre et mort-vivante.

Ce texte tricoté par une femme intelligente et pudique nous dit l’innommable : la leucémie récidiviste et incurable, la souffrance du petit patient, la profondeur abyssale du désespoir des parents, le doute des soignants, la peur d’oublier.
Chère Hélène, c’est votre vie que vous avez déposée dans un herbier qui a séché. Mais aujourd’hui, votre cœur n’est plus sec, car vous y avez, malgré votre tsunami émotionnel, arrosé les graines d’amour qui s’y trouvaient en dormance pendant votre long hiver.
L’écriture est-elle thérapeutique ? Je pense qu’elle apaise, un peu.
Ne pas trop lui en demander non plus.
Votre écriture à la fois sensible et belle montre par contre votre subtile âme.
Trois petits tours est un livre sur un drame et sur l’ « interminable convalescence « , et il m’a, étonnamment, donné de la force et du courage pour admirer chaque jour un peu plus « les louves  » qui, comme vous, se saisissent de leur délicate plume pour tracer dans nos cœurs de lectrice/eurs une petite place à leur fleur disparue.
Maintenant, elle y est, car votre récit donne aussi du sens au monde, qui souffre mais qui vit.
Comme vous.

Pas de larmes au cours de cette lecture, moi pourtant équipée d’une sensibilité  à fleur de peau, votre projet d’écriture ne va pas dans cette direction.
Ma première émotion une fois le texte lu, juste une envie folle : vous connaître et vous serrer dans mes bras.
Maintenant, volent au-dessus de ma tête votre douceur et celle de votre personnage, Rose, le tout étant accompagné par une petite musique bienveillante et lumineuse. A jamais dans mon cœur.

Je ne peux pas terminer ma critique sans dire que votre livre que j’ai adoré est à l’opposé d’un roman sur le même sujet d’Eric-Emmanuel Schmitt «Oscar et la dame rose » que je n’ai pas apprécié du tout (voir ma/la critique d’anlixelle sur Babelio https://www.babelio.com/livres/Schmitt-Oscar-et-la-dame-rose/2774/critiques/1231540?modifier=1).
Il m’avait profondément choquée et j’en attendais secrètement un autre…maintenant, il existe, c’est celui que vous avez écrit.
Mais j’aurais tant aimé que personne n’ait eu à le rédiger. Sous forme d’autofiction.

« Quand il faut évoquer la mort, nous savons que … nous ne savons rien.
Quand il nous faut parler des morts de notre vie – qui vivent encore en nous – , habitent notre cœur -, les mots nous manquent.
De cette perte, de la mort même, nous préférons ne pas parler.
Et pourtant, les absents n’en finissent pas d’être présents. »

Les morts de votre vie Le Guay / de Tonnac chez Albin Michel

Pour vous, ce ne fut pas le cas, vous avez préféré parler, à votre manière, et c’est bien mieux.
En effet, le monde, parce qu’il est dur, parce qu’il est vaste, a grandement besoin de mots… et notamment pour garder le lien avec ceux qu’on ne pouvait pas retenir.

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2 Commentaires

  1. 8 juillet 2019 / 22 h 44 min

    Je reçois en cadeau votre magnifique et généreuse chronique. Merci, je suis infiniment touchée. Hélène M

    • admin
      Auteur
      13 juillet 2019 / 11 h 37 min

      Merci à vous d’avoir pris votre subtile plume pour déposer ce texte dans nos cœurs sensibles de lecteur/trices.

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