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L’ordre du jour de Eric Vuillard

Résumé éditeur

L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ?

Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne!

Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de « Tristesse de la terre » et de « 14 juillet ».

★★☆☆☆ Bof ! Je n’ai pas vraiment apprécié ce livre.

Critique

Eric Vuillard est un écrivain qui maîtrise à merveille l’art de jongler avec les mots, les phrases.
Dans L’ordre du jour, il nous raconte les moments historiques clefs de ce début du XXe avec la montée au pouvoir d’un des plus grands psychopathes que l’histoire ait fourni, et plus précisément de sa prise de pouvoir hautement facilitée par les complaisances de certains, et les laissez-faire des autres. Du moins, c’est l’analyse qu’en fait l’auteur dans ce livre qui relate, certes, avec une grande précision, le déroulement de l’Anschluss, en explorant le comportement de Goering et ses petits copains, ainsi que tous les mensonges propagandistes, manipulation des foules qui en découlent.

De nombreux documents, et autobiographies ont probablement été lus et relus pour mener à bien cet important projet d’écriture.

Il rend aussi hommage à ceux qui avaient saisi la gravité de la situation « il y eut plus de mille sept cents suicides en une seule semaine. Bientôt, annoncer un suicide dans la presse deviendra un acte de résistance. » P 135

Il y a beaucoup de choses dans le texte d’EV, d’abord une « grande » langue ultra travaillée, alambiquée parfois, comme …
« Et tandis que les autres parlotent et grillent un Montecristo, piapiatant sur le crème ou le taupe de sa cape, préférant qui la saveur moelleuse, qui un goût épicé, tous adeptes des diamètres énormes, os à gigot, esquichant distraitement les bagues dorées à l’or fin, lui, Wolf-Dietrich, rêvasse devant la fenêtre, ondoie entre les branches nues et flotte sur la Spree. »

Certain(e)s apprécieront, moi pas trop.

Et puis il y a aussi les propres commentaires de l’auteur comme par exemple :
– « On est décidément bien loin d’une réunion entre chefs d’État. »
– « On voit qu’il n’est pas avare d’explications ésotériques, Schuschnigg. Cela justifie ses faiblesses. »
– « On est bien loin de la gentille conversation entre Goering et Ribbentrop à l’intention des espions anglais, bien loin des libérateurs de l’Autriche. »
– etc…
On est d’ailleurs souvent « loin » de quelque chose à ses yeux.

Ce texte intemporel dresse donc l’envers du décor dans un style inimitable, parce qu’alternant phrases à rallonge frôlant le discours magistral de fac avec ses détails dont je me fiche comme de l’an quarante, et d’autres plus incisives et courtes ancrant terriblement l’action dans le réel.

Hélas, j’ai été assez déroutée, fatiguée puis épuisée dès les premières pages.
« Pfffff !!! Que ce petit livre fut long à lire, décortiquer, traverser, à dompter… ».
J’aime l’Histoire, mais je n’ai pas aimé ce récit acide rédigé avec des mots forts pour dénoncer le manque de courage et de clairvoyance de quelques-uns (visiblement assez nombreux cependant) face au MONSTRE.

Evidemment, il y a aussi de jolies choses comme … « Dans ce grand bric-à-brac de misère, où se préparent déjà les pires événements, un respect mystérieux pour le mensonge domine » ; « La vérité est dispersée dans toute sorte de poussières», « Un mot suffit parfois à congeler une phrase, à nous plonger dans je ne sais quelle rêverie ; le temps, lui, n’y est pas sensible. Il continue son pèlerinage, imperturbable au milieu du chaos »…mais ce genre d’écrits fut plutôt rare, et principalement posé  en début de chapitre.

Style trop soutenu et quantité d’informations très élevée dans des sauts de lieux et d’époques au travers d’un rythme stylistique épuisant auront donc eu raison de ma patience.

Enfin, ce qui m’a doublement déçue, c’est le côté « on aurait dû, Y avait qu’à, fallait qu’on… » qui me semble un peu facile, même cinquante ans après.
– A partir de quand fallait-il intervenir ?
– Comment ne plus céder aux provocations et aux agressions d’un état qui devient ennemi ?
– Ou commence l’aveuglement de l’idiotie ?
– Qu’est-ce qu’un manque d’anticipation ? un manque de courage ?
– etc…

« On pouvait arrêter Hitler !! » nous dit Eric Vuillard.
Mais des industriels peuvent-ils être plus courageux qu’une nation qui s’est couchée devant un dictateur lui promettant monts et merveilles ?
Le ton sarcastique d’EV à chaque recoin de page est malvenu selon moi.
Juger c’est facile, agir beaucoup moins. (Heureusement) Certains se lèveront pour combattre le fléau hitlérien, mais il est notable que depuis la nuit des temps je crois savoir que la raison du plus fort physiquement est très souvent la plus « efficace » ou plutôt expéditive. Jusqu’à ce que d’autres prennent à leur tour les armes face à eux, etc…

Quel est le seuil à partir duquel, si l’on ne réagit pas, la tolérance devient compromission ?

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