Les muselés de aro sainz de la maza

Résumé éditeur :

Dans un sous-bois à la lisière de Barcelone, caché sous des feuilles mortes, gît le corps d’une jeune femme à l’aspect en tout point ordinaire, si ce n’est ses ongles, impeccablement manucurés : une étudiante de famille modeste qui finance ses études au service de recouvrement de créances dans un cabinet d’avocats.

Quelques jours plus tard, un des associés du cabinet qui l’employait est retrouvé mort dans son appartement cossu du centre-ville. De la chaîne hifi high-tech s’échappent encore des accords de blues, tandis que le champagne s’évente sur le comptoir de marbre noir.
L’enquête s’annonçait déjà ardue quand un sadique entreprend d’exposer dans les squares, à la vue des enfants, des chiens empalés. Les plaintes fusent et la pression est à son comble pour l’inspecteur Milo.

Les troubles psychotiques qu’il essaie d’’endiguer sont sa plus grande force : une capacité hors pair à se mettre dans la peau des meurtriers.
Le pouvoir politique veut des arrestations pour ramener l’ordre dans la ville et refuse d’entendre les clameurs d’une cohorte d’indignés pris au collet par le chômage, la corruption et la misère, prêts à tout pour simplement survivre.

Mais qui sont les coupables ?

Ces victimes ?
Dans une Barcelone en noir et blanc, pétrifiée et transie, asphyxiée par la crise, l’auteur conduit un thriller poignant sur la ligne rouge qui mène au précipice les exclus du système.

★★★☆☆ J’ai un peu aimé.

Avis :

J’ai mis du temps à lire la suite des aventures policières de Milo Malart, le flic barcelonnais désabusé et borderline dont les aventures dans « Le bourreau de Gaudi », comme pour des milliers de lecteurs, m’avait enthousiasmée (http://justelire.fr/le-bourreau-de-gaudi-de-aro-sainz-de-la-maza/).

Cette deuxième enquête se déroule encore dans une Barcelone contemporaine « pauvre » et inquiétante car « qui sème la misère récolte la révolte ».
« Le Bourreau de Gaudí », récit lugubre et baroque, nous avait révélé l’ignominie architecturale de la métropole catalane qui condamnait sa progéniture à l’économie du tourisme et au profit. Ce texte cruel découvrait une dure réalité sociale et révélait surtout de la façon dont les ogres du pouvoir détruisaient la ville et ses habitants les plus « faibles ».

Cette fois, dans « Les muselés », c’est le froid, l’hiver qui s’ajoutent à la misère sociale pour envahir l’atmosphère et grignoter les esprits des plus vulnérables économiquement parlant. Roman politique, ce deuxième opus est la traduction française du titre « el angulo muerto » ce fameux angle mort en voiture, zone inaccessible au champ de vision d’un conducteur de véhicule, masque qui peut cacher un autre véhicule, un usager vulnérable …
La capitale catalane décrite là se révèle cette fois encore bien loin des cartes postales généralement connues des touristes. Avec son titre initial, Aro SAINZ DE LA MAZA dénonce les misères économiques et sociales, mais aussi la misère politique que bon nombre de gens préfèrent nier ou ignorer et il pointe du doigt les responsables : « Les politiques sont le cancer de la société. Ils se sont vendus au pouvoir financier. »

Noire, froide, déprimée, cynique cette Barcelone-là est le lieu d’une série de meurtres sur lesquels la chappe de plomb qu’est la crise financière ne peut que compliquer les choses.
Au cœur de ce malheureux contexte, la police découvre le corps d’une jeune étudiante à la vie pourtant sans problème, sous les feuilles mortes d’un parc.
Milo qui ne s’est pas remis de l’affaire Gaudi est responsable de l’enquête, et la mène à sa manière, avec les manques de moyen inerrants à la situation espagnole. Il doit en parallèle résoudre une série de meurtres de chiots que ses supérieurs jugent primordiale (car plus médiatique).

Cet enquêteur fuit les liens affectifs et entretient un paradoxe constant entre extra lucidité, quête du bonheur et colère permanente, le tout pétri de solitude voire d’introspection.
Milo Malart, homme à la fois furieux et profondément humaniste, entretient toujours des relations compliquées avec son entourage professionnel comme privé. Il tente de rester détaché, mais « la douleur (qui) pouvait être source de haine » lui est souvent fatale dans ses liens avec l’Autre.

Cette fois encore, j’ai trouvé Milo Malart attachant, touchant même. L’écriture ne le lâche jamais. Il est LE roman et, sans pathos malsain ce texte à la lecture très fluide raconte comment un homme empli de hargne et de dégoût tente de se dresser contre le système.
Mais est-il encore temps de changer les choses ? quand « l’incompétence des gouvernants va sacrifier une génération ».

Même sans avoir lu le précédent ouvrage, cette nouvelle enquête peut être lue. Cette fois-ci encore, elle sera résolue grâce à la différence d’esprit dont Milo fait preuve. Véritable cerise sur le gâteau.
Assurément, « Les muselés » vous donnera envie de découvrir « Le bourreau de Gaudi », que je place au-dessus par son suspens et le caractère historico-architectural de cette ville.

Certes, cette deuxième enquête est menée intelligemment et bien rédigée, mais le tempérament de Milo Malart peut déboussoler le lecteur par moments.
« Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ! ». Tempéraments pessimistes s’abstenir !

L’auteur a privilégié le livre politique au policier – suspens, j’ai trouvé en plus qu’il lui manquait le rythme et l’étincelle qui avaient fait du Bourreau de Gaudi un livre exceptionnel qu’on ne pouvait plus lâcher.
On est ici dans un bon policier à caractère social dont j’aurais plaisir à suivre le héros dans un troisième opus, qui, je le souhaite de tout cœur, m’amènera un Milo Malart un peu plus punchy !

 

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