Le grand marin de Catherine POULAIN

Résumé éditeur

Quand Lili Colt arrive à Kodiak, un port de l’Alaska, elle sait qu’elle va enfin réaliser son rêve : s’embarquer sur un de ces bateaux qui partent pêcher au loin. Pour la jeune femme, une runaway qui a fui jadis le confort d’une famille française pour  » faire la route  » , la véritable aventure commence. Le choc est brutal. Il lui faut dormir à même le pont dans le froid insupportable, l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, les blessures…Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis qui finiront par l’adopter. A terre, Lili partage la vie des marins -les bars, les clubs de strip-tease, les motels miteux. Quand elle tombe amoureuse du  » Grand marin  » , elle sait qu’il lui faudra choisir entre sa propre liberté et son attirance pour cet homme dont la fragilité la bouleverse. Entre Jack London et Marguerite Duras, Catherine Poulain fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu’on devine très autobiographique.

★★☆☆☆ Bof ! Je n’ai pas vraiment apprécié ce livre.

Critique

Déçue, déçue … je suis amèrement déçue, car je m’étais fait une fête de partir en Alaska sur des bateaux de pêche dans la peau d’une femme libre et courageuse.
Rendez – vous littéraire complètement raté, et je l’ai su dès les premières lignes du roman :
parce qu’une phrase à rallonge dans une langue oralisée m’a coupé la respiration,
parce que des phrases longues très longues s’articulent avec d’autres dignes d’un enfant de cinq ans,
parce que le roman rédigé au présent ne contient pas de compléments circonstanciels temporels, signes d’une antériorité ou d’un futur à venir,
et j’en passe.

Oui, c’est en premier lieu le style de Catherine POULAIN qui m’a offusquée, mais j’y reviendrai.
Dans cette autobiographie « romancée », Lili, le double de l’auteure quitte, comme elle, Manosque-les-Couteaux où elle se morfond pour aller pêcher en Alaska. Ce petit bout de femme parvient à se faire embarquer sur un bateau de pêche, le « Rebel ». Au milieu des hommes qui boivent comme des trous et fument comme une caserne de pompiers, elle apprend vite, et souffrent aussi beaucoup.
Quand elle revient à terre, elle nous raconte la clandestinité et toujours l’alcool, la défonce…les piaules misérables, la malbouffe.
La seconde partie sera consacrée à Jude, « Le grand marin ». Lili et lui s’aiment dans la sauvagerie qui seule vaut le coup que la vie soit vécue ! Mais que choisir entre l’amour de l’océan et l’amour de l’autre ?
Cette fascination pour celui qu’elle nomme le grand marin est peut-être la partie la plus travaillée… on parvient mieux à situer les actions et récolter quelques ressentis. J’ai bien dit « quelques », pas « les ».
Pour l’héroïne Lili le reste du monde semble peu à peu fade, l’ennuie à en devenir folle. La pêche se révèlera avec l’ivresse du danger, la recherche d’une forme de folie aussi, d’existence qui met à distance ce qu’on est. Dépasser sa pâle condition humaine se révèle alors la seule solution.  » On a la sensation, extrêmement additive, d’être à nouveau libre, vivant, maître de son existence. Mais choisit-on vraiment ? C’est aussi une chimère.  » (Magazine LIRE mars 2016).

Que de plaisir à résister, à se battre toujours plus, contre les roulis, le froid, la fatigue, la colère des hommes quand tout se déchaîne sur le pont du bateau. Son corps exulte à repousser sans cesse ses propres limites, et il y a là une matière évidemment passionnante, si on la traite avec une vraie écriture ; car la façon dont elle a raconté son sujet ne m’a pas convaincue. Ce n’est pas le fond du roman qui pêche (je ne pouvais pas l’éviter !), il est éminemment passionnant, car Catherine Poulain nous raconte ceux dont on ne parle jamais, et nous conte une fuite vers l’abîme déroutante. C’est la forme choisie pour ce livre que je lui reproche.
Je ne reconnais pas du tout ce roman dans le « souffle littéraire » dont certains chroniqueurs nous ont parlé. D’autres ont été plus dubitatifs. Comme moi.
Une structure chaotique, pas d’espaces pour reprendre son souffle, une langue irrégulière (en de très courts moments elle est se saisit d’une forme de poésie pour quelques lignes plus tard reprendre un style creux et dur à la fois), une absence de contextualisation, de temporalité … ont rendu ma lecture extrêmement pénible. Mais comme un marin – pêcheur sur le pont, j’ai tenu bon la barre.
Finalement son roman ressemble à des notes prises pendant des années et mises bout à bout. Son roman n’est en aucun cas un exercice de style puisque la qualité de l’écriture n’est pas une priorité : seuls comptent les faits (et leur force), l’accumulation.

Je pense cependant qu’on peut très respectueusement écrire sur les travailleurs, les « petites » gens, rendre palpables leurs gestes, leurs états sensitifs, émotionnels sans passer par un charabia écrit comme celui qui nous a été donné de lire.
C’est certes un livre unique, pour l’aventure incroyable d’une femme hors du commun, mais encore aurait-il fallu l’écrire réellement pour témoigner lisiblement de ce qui se vit là-bas.

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