La journée mondiale de la gentillesse de Jacqueline DAUSSAN

Résumé éditeur

À première vue, les protagonistes de ce recueil sont peu ambitieux. Ils essaient de garder leur job et leur conjoint, de réussir leur divorce, d’éduquer les enfants, de soutenir un proche, de se pencher sur un mourant… Ils espèrent être appréciés et vivre en harmonie avec leur entourage. Rien d’extraordinaire. À première vue. Car les relations humaines sont rarement simples. Souvent honteux de leurs peurs et de leurs faiblesses, ces personnages nous touchent parce qu’ils nous ressemblent dans leur désir, si souvent contrarié, de « bien faire ».

★★★★★ Que du bonheur !

Critique

J’aime les auteurs qui savent écrire sur la difficulté de l’extrême sensibilité des rapports humains. J’ai plongé allégrement dès les premières lignes dans l’atmosphère de chacune des nouvelles de ce recueil avec une joie immense. D’une intensité rare et d’une intelligence à tous les étages, j’ai renoué avec le plaisir des nouvelles, plaisir resté en berne depuis des années.
La subtile écriture de Jacqueline Daussan sait nous immerger au plus profond de chaque intrigue en quelques lignes, en quelques échanges, avec des dialogues ciselés et travaillés à souhait. Force est de reconnaître que tous les personnages se tiennent et nous dévoilent un pan de leur histoire qui ne peut que nous interpeler à chaque fois, de telle sorte qu’on s’y reconnait, qu’on se sent concerné, touché profondément.

Je me suis prise d’empathie pour Gloria la mère de Joséphine l’adolescente pénible, mais aussi pour celle qui a « une si grande étendue de peau à caresser » et dont on ne connaîtra pas le nom mais qui nous racontera son beau sursaut de vie, il y a Bichette la chienne qui empêche Christel de communiquer avec sa mère âgée… et vingt autres encore à nous dire leurs colères, leurs solitudes et parfois leurs doutes. Le tout est rendu possible grâce à une justesse analytique des relations humaines rarement égalée en si peu de pages.
Il y a les femmes au fort tempérament, celles qui sont dans la peine, les hommes dans l’expectative d’une décision irrémédiable, et puis les autres qui nous décrivent notre monde contemporain avec ses travers et son absolue humanité pas toujours facile à trouver. Tous se battent contre la dureté de l’existence, la précarité, les séparations sous des tonnes de carapaces sociales et quelques non-dits.

L’auteure sait admirablement donner corps à ses personnes en quelques mots, et fait bien plus que dresser subrepticement leurs portraits, elle nous narre leurs quêtes dans lesquelles les tourments s’expriment pourtant avec une merveilleuse pudeur. Aucun pathos, aucun trémolo… nous sommes dans l’orfèvrerie de la Nouvelle, et c’est dû à la sensibilité de Jacqueline Daussan. Elle sait entrer dans l’âme des gens, de ceux qu’elle raconte, et dans la nôtre aussi pour nous dire ce qu’est souvent la vie, et ce à quoi on aspire tous.
En lâchant l’information qui éclaire notre compréhension de l’intrigue en quelques lignes, mais en en gardant toute l’essence jusqu’à la fin, elle excelle dans l’art de la chute.
Il y a fort longtemps que je n’avais pas lu de nouvelles, les dernières étaient « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part » d’Anna Gavalda. Ici, c’est encore plus fort, car les vingt-trois textes sont à égalité, et le style est juste parfait à mon goût.

Oui, Jacqueline Daussain maîtrise l’art de la nouvelle avec un supplément d’âme rare et délectable. Merci donc à Babelio et aux éditions Quadrature pour cette excellente journée mondiale de la gentillesse. Ce recueil est un petit bijou !

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