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La dame blanche de Christian Bobin

Résumé éditeur

Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n’a d’égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu’elle enterre dans un tiroir. «Disparaître est un mieux.» À la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féerique dans la cave d’un imprimeur et fuit vers l’Orient hébété. Sous le soleil clouté d’Arabie et dans la chambre interdite d’Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier.

★★★☆☆ J’ai un peu aimé.

Critique

« L’humilité est son orgueil, l’effacement son triomphe« .
Ainsi pourrait se résumer, selon Christian Bobin, la personnalité d’Emily Dickinson, poétesse américaine (1830 – 1886) souffrant visiblement, entre autres problèmes, d’agoraphobie sévère à la fin de sa vie. Après sa mort, grâce à sa sœur, on découvrit des poèmes d’une infinie beauté dont ne pouvait que se saisir le subtil et délicat C. Bobin. Dans les poèmes d’Emily, on y retrouve tout ce qui fait la pensée de cet auteur de poésie en prose atypique qui nous touche si souvent.

Ainsi, dans le banal de l’existence d’Emily, il nous montre « comment des choses que l’on ne voit plus peuvent transcender l’existence ». A chaque page qu’elle a écrite « des perles émerveillent les jours gris de l’existence ». Quand elle rédige, sa main transmet « quelque chose de l’âme ». C’est comme « un travail de peintre » au cours duquel « la poésie nous sort du cachot du monde ».
Oui, c’est très beau tout ça, d’autant plus quand notre besoin de calme se fait nécessité, quand la vie est faite de petits rien qui pourraient la rendre fade. Avec Emily et Christian, « Il ne se passe rien à Amherst et ce rien est la vie à l’état pur ».

Cette femme est assurément un peu fada mais ça l’a fait écrire si joliment qu’on est presque heureux qu’elle l’ait été ! (honte à nous).
La poésie est-elle l’apothéose de toutes les lucidités, ou plutôt une capacité quand on a pour cela un dictionnaire  à portée de main (et qu’on a reçue une « solide » éducation), à mettre joliment en mots sa morne vie et sa solitude ?
Cette amoureuse de Dieu (religion puritaine oblige) fine observatrice « de son âme » est certes très nombriliste. Mais que peut faire d’autre de ses jours une célibataire introvertie et endurcie qui se cloître ?
Alors C.B. nous raconte à sa manière le monde tel qu’elle le voit, les gens qui sont là sans l’être vraiment.

Émilie fût  « engendrée sous la lumière tâchée des deuils portés par sa mère mélancolique ». Des raisons à la grave névrose de la poétesse sont cherchées, mais certaines sont passées à la trappe, l’éducation, le manque affectif, le poids de la religion, le rapport au corps, l’alimentation … ne reste que ce qui nourrit la poésie de Bobin.
On ne sait pas toujours ce qui explique l’ultra sensibilité de certains êtres, les raisons peuvent être multiples, mais égoïstement nous admirons et nous aimons ce qu’ils nous disent de leurs émotions, de leurs ressentis. La famille Dickinson ne connaissait que « sa propre loi faisant de chaque membre le roi de son propre royaume ».

Depuis des années, j’ai beaucoup lu Christian Bobin, pas tout aimé, mais adoré certains passages qui sont d’une infinie beauté et bonté. J’y reviens car sa douceur, et sa confiance en la vie sont uniques.
Comme toujours dans ses ouvrages, on cueille de très jolies phrases, et mots (« s’arcenciétiser » du mot « arc-en-ciel  » ! ) comme une sublime fleur après une longue marche. Ainsi, « J’aurai toujours une chaise pour vous dans le plus petit salon de monde mon cœur ». Ça en jette quand même !

Celle qu’il appelle « la sainte du banal » m’a fait passer un moment de calme et de plénitude comme je m’y attendais. Dommage cependant parce que ce texte parce se veut de la poésie en prose qu’il ne suive pas un fil chronologique, mais nous propose les réflexions de son auteur de manière aléatoire et décousue. Ce vrac est un peu lassant à suivre à la longue.
Considérons donc les écrits de Monsieur Bobin comme des moments de repli sur soi, des méditations sur l’instant présent, sorte d’ode à la patience des heures ( pas si inutiles que ça) qui s’écoulent, à l’acceptation de la solitude forcée. C’est déjà pas mal.

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