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Des orties et des hommes de Paola PIGANI

Résumé éditeur

L’enfance de Pia, c’est courir à perdre haleine dans l’ombre des arbres, écouter gronder la rivière, cueillir l’herbe des fossés. Observer intensément le travail des hommes au rythme des saisons, aider les parents aux champs ou aux vaches pour rembourser l’emprunt du Crédit agricole. Appartenir à une fratrie remuante et deviner dans les mots italiens des adultes que la famille possède des racines ailleurs qu’ici, dans ce petit hameau de Charente où elle est née. Tout un monde à la fois immense et minuscule que Pia va devoir quitter pour les murs gris de l’internat. Et à mesure que défile la décennie 70, son regard s’aiguise et sa propre voix s’impose pour raconter aussi la dureté de ce pays qu’une terrible sécheresse met à genoux, où les fermes se dépeuplent, où la colère et la mort sont en embuscade. Une terre que l’on ne quitte jamais tout à fait.

Paola Pigani déploie dans ce roman, sans aucun doute le plus personnel, une puissance d’évocation exceptionnelle pour rendre un magnifique hommage au monde paysan et aux territoires de l’enfance.

★★★☆☆ J’ai un peu aimé.

Critique

Des orties et des hommes est un roman autobiographique dans lequel est racontée l’enfance semi sauvage d’une petite fille de dix ans. On y comprend vite que Pia le personnage principal n’a pas grandi avec du Nutella entre les doigts au goûter, mais avec « la glaise, la sueur, les caresses animales et la salle matière du travail pur ».

« Nous, le temps qui passe, les saisons on s’en fiche, du moment qu’on les relie aux choses de la vie, aux récoltes. Pourtant je grandis, je porte déjà des robes de Dora avec des chaussures d’Adamo. Je ne me regarde jamais dans la glace et je ne suis bien qu’en pleine terre. »

De « son pays perdu de l’enfance », dans une mise en lumière des gestes du quotidien d’une ferme charentaise des années soixante-dix, les yeux de cette enfant à la fois libre et loyale écrivent sur un cahier d’essai des pages et des pages sur le travail de la terre et la vie des animaux, donnant ainsi beaucoup de dignité à la rude vie d’exploitant agricole.

La survie de sa famille d’Italiens exilés nous est dessinée sous la forme d’un récit très intimiste rendu ultra sensible grâce à une plume ciselée mais aussi poétique là où, vu le contexte, on s’attendrait à autre chose de plus chaotique. C’est d’ailleurs toute la gageure de ce type de récit que d’être à même de déposer ça et là tant de douceur.

« Mais qu’a-t-on à gagner à vivre loin des arbres et de nos bêtes ? » se demande-t-elle lorsqu’avec l’âge elle est obligée de partir découvrir d’autres cultures que la sienne, notamment au pensionnat. Alors, une colère souterraine sera exhumée de ses retranchements intellectuels pour l’accompagner ensuite partout où les cloisonnements de caste projetteront moults injustices et dysfonctionnements sociaux.
« La pension, c’est les sœur grises ou les professeurs raides comme des branches mortes ».
Ce qui éclaire aussi ce texte original, c’est la plongée dans la question des racines, du déterminisme social, de l’exil (des grands-parents et parents entre autre). La langue se dessine de manière imagée dans la lignée de Raymond Depardon.

« Est-ce que ce pays est trop petit ou bien trop grand ici ? »

Hélas, même si j’ai apprécié la teneur et l’effort d’écriture précédemment décrits, les bruits du « froufrou de la paille propre et de la cascade d’urine des vaches » m’ont lassée assez rapidement. Les cris des frères et des sœurs dans la cuisine, le tac-tac du sifflet de la cocotte-minute… ne m’ont pas passionnée.

« Comment trouver sa place dans une vie en vrac ? » n’est-il pas finalement la grande question que chaque personne équipée d’un minimum de sensibilité s’est posée à un moment ou à un autre ? Rien de transcendant là-dedans, parce que l’auteure a fait le choix de pas aller au fond des choses (comme le fait si bien Annie Ernaux) préférant le travail de la langue avant tout, et la beauté des images littéraires.

Certes, la fraternité et le respect qui existent entre ces gens-là, malgré la douleur et la dureté de leur quotidien et les conflits inhérents au monde agricole sont touchants, mais j’ai trouvé que ce texte manquait aussi de rythme.

Pour moi, cette chronique intime n’explore pas suffisamment les âmes des uns et des autres, restant trop en surface des faits et des actes qu’ont recueilli les yeux et les oreilles de l’enfant PIA.
C’est donc un sentiment de déception que je ressens à l’issue de cette lecture trop longue pour moi, mais je suis certaine que cette lenteur peut plaire à d’autres.

 

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